ITW de Xavier d'Eqosphere, Prix « Eco-innovations » de la ville de Paris

Published by Miruna on March 03, 2014


Xavier Corval

Xavier est-ce que tu peux nous parler de ton parcours ?

D’abord Sciences Po. Spécialisé dans les liens entre technologies, communication et pouvoir. J’abandonne ensuite un doctorat de sciences politiques pour travailler comme ingénieur commercial et directeur du développement dans une agence de conseil en stratégie web avant de m’investir dans des programmes de coopération et des alliances public-privé en tant qu’expert des TIC pour des villes latino-américaines et européennes. Mes missions consistaient alors à améliorer l’accès aux services publics et l’économie locale et à développer l’e-gouvernance. En juillet 2012 je crée mon entreprise d’entrepreneuriat social après environ 18 mois d’études de terrain.

Comment est née l’envie de lancer Eqosphere ?

Eqosphère est né de l’envie de simplifier et d’optimiser la revalorisation de produits :

  • 1er input : Comment simplifier la concrétisation d’actes de générosité ?
  • 2e input : Si le produit vient d’avoir une valeur événementielle, parfaitement légitime, comment donner au produit une seconde valeur hors de sa destination initiale ?
  • 3e input : « Home », de Artus-Bertrand, comment optimiser l’allocation des ressources existantes sur notre planète ?

L’idée initiale remonte à une expérience que j’ai vécue quand j’étais étudiant : un de mes jobs consistait à servir les cocktails d’inauguration des expos du Pavillon de l’Arsenal à Paris et il restait souvent de la nourriture en fin de cocktail. Je prenais alors mon scooter pour la distribuer à des personnes sans abri dans Paris. Mais c’était loin d’être simple et à l’époque les associations n’étaient pas connectées et ne pouvaient pas recevoir tout cela.

En juillet 2009, après avoir proposé de mettre en œuvre l’embryon d’Eqosphere aux ministères des Affaires Sociales et de l’Agriculture, je décide finalement de monter l’entreprise dont je rêve depuis toujours. Tout s’assemble dans ma tête : l’expérience de départ, l’éthique sur l’alimentaire et la solidarité, le développement durable, la communication et les TIC… et c’est ainsi qu’est né le projet Eqosphere, en octobre 2009.

Pourquoi l’entrepreneuriat social ?

Avant de lancer le projet, j’ai écrit une cinquantaine de pages sur l’entreprise que je voulais créer – base théorique, business model, description des fonctionnalités de l’outil web et des activités, stratégies, facteurs de succès, je dépose le tout à l’INPI puis je lis un livre de Jacques Attali Une brève histoire de l’avenir (Fayard, 2006), qui évoque le concept d’ "entreprise relationnelle": des entreprises au modèle économique autonome et pérenne au service de finalités d’intérêt général – solidarité et développement durable pour EQOSPHERE - et je me dis que c’est exactement ce que je suis en train de projeter ! C’est ainsi que je me « découvre » entrepreneur social puis que je m’engage au Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (MOUVES) en février 2011, après avoir été marqué par une conférence au Salon des Entrepreneurs où intervient le futur président du Mouves, André Dupon.

La première étape de mon projet consiste alors à comprendre les objectifs, contraintes et besoins des futurs utilisateurs d’EQOSPHERE pour co-définir un fonctionnement en mesure de répondre à leurs attentes: dirigeants de la grande distribution, contrôleurs de gestion, responsables associatifs, pouvoirs publics, etc…

Concrètement la revalorisation c’est quoi ? Exemple du voyage d’un produit ?

La nouvelle économie de la revalorisation c’est l’économie circulaire et responsable : faire de la poubelle l’exception, plus d’acteurs en bout de ligne, toujours trouver des solutions de revalorisation des produits alimentaires et non alimentaires en surstock, décommercialisés ou incommercialisables avec des filières aussi diverses que les associations caritatives et humanitaires, les déstockeurs, les parcs animaliers, les recycleurs…

Le produit est repéré, caractérisé, transformé en offre de gisement, poussé vers les acquéreurs selon une pertinence appréciée avec divers critères. On simplifie et on optimise des flux, dont les paramètres varient au jour le jour.

Quelle est la place du développement web au sein de votre dispositif ?

Web = simplification et optimisation dans la vie personnelle comme professionnelle. C’est donc un outil puissant et plein de promesses pour mettre en place et structurer une activité nouvelle – un réseau smart de la revalorisation - et traiter des problématiques complexes : organisationnelles, financières et éthiques à la fois.

Mais attention! une plateforme web collaborative ne donne de bons résultats qu’avec une masse critique d’utilisateurs (offre et demande) et une qualité fonctionnelle en adéquation avec les besoins et process des utilisateurs.

Chez EQOSPHERE, la plateforme web est un outil au centre du dispositif et en même temps l’une des 3 séquences de nos services, qui sont liées entre elles: en amont, nous accompagnons les acteurs « dans le dur » dans la réforme de leur process, ce qui leur permet d’utiliser au mieux la plateforme; et en aval, nous créons, maintenons et animons le réseau des acquéreurs.

Quelle est la prochaine étape pour Eqo Sphère ?

Faire plus et mieux là où nous sommes implantés – l’Ile de France – consolider nos partenariats avec les clients et utilisateurs existants, puis nous développer sur des territoires motivés : Marseille, Strasbourg, Rennes, le Nord. Je n’oublie pas les demandes européennes.

Pour cela, comme toute startup qui décolle, il y a un moment de consolidation interne sur toutes les compétences nécessaires à la réussite d’un projet à haut potentiel.

J’ai cru comprendre que tu étais à la recherche de développeurs, quels profils recherches-tu ?

Oui ! il y a 3 ans, quand je me suis lancé dans l’étude terrain et dans un benchmarck de prestataires informatiques, j’ignorais complètement qu’il y avait, qu’il y aurait des développeurs et des agences proches de l’écosystème de l’entrepreneuriat social, avec lesquels nous partagerions aussi des objectifs et des motivations dans le champ des convictions et du « sens » de nos activités. C’est ce que je souhaite aujourd’hui. Et c’est dans ce sens de synergies accrues que poussent des acteurs que j’apprécie vivement comme Stéphane Distinguin, et Jean Karinthi et l’équipe de Jean-Louis Missika.

Que penses-tu de l’initiative du Wagon ?

Je suis parfaitement d’accord avec cette affirmation du Wagon : « Être un bon développeur, cela veut dire beaucoup plus que "savoir bien coder"». De plus, tout ce qui permet d’allier créativité, partage et création d’emplois correspond à un modèle de développement personnel et collectif indispensable aujourd’hui.

Pour toi apprendre à coder aujourd’hui ça représente quoi ?

Se projeter comme une force vive du déploiement d’un projet en alliant compréhension globale et compétences spécifiques. Intégrer dès le départ le web et l’informatique ne sont ni des fins en soi, ni des forteresses, mais des outils performants pour autant qu’ils s’inscrivent dans une chaine de valeurs.

EQOSPHERE Prix « Eco-innovations » des Grands prix de l’innovation de la Ville de Paris en décembre 2013.