J'ai longtemps complexé face aux vrais passionnés. Ceux qui ont découvert à 5 ans qu'ils aimaient coder, prendre des photos ou jouer du violon. Ceux qui étaient en freelance à 16 ans et dépassaient leur statut d'autoentrepreneur quand je vendais mon temps 10 euros (une autre histoire).

Le temps m'a aidé à comprendre plusieurs choses.

Tout d'abord, que le passionné n'est qu'une représentation mentale de mon esprit. J'aimerais croire que les poursuites artistiques sont réservées à ceux qui ont le talent. Qu'ils sont meilleurs, ou différents. C'est une bonne excuse, mais ce n'est qu'une excuse.

Ensuite, j'ai abandonné l'idée de devenir le meilleur dans une discipline. J'ai passé trop d'années à angoisser face aux génies des algorithmes, aux prodiges du foot et aux musiciens précoces. Faire partie des 5% mondiaux dans un domaine, c'est trop difficile. 10 ans de pratique quotidienne au moins. Comme je change de carrière tous les 6 mois, ce n'est pas près d'arriver. J'ai tout commencé trop tard pour devenir le Mozart de quoi que ce soit.

Tant mieux. Il existe une meilleure solution.

Plutôt que de m'échiner à faire partie des 5% meilleurs dans un domaine, je peux faire partie des 20% dans plusieurs disciplines et devenir le meilleur à l'intersection.

L'intersection des passions

C'est ce qu'a fait Mehdi Maizi, inconsciemment peut-être. Il aimait écrire, mais n'était pas le meilleur. Il aimait le rap à en écouter des centaines d'albums toute la journée. Mais il ne savait pas à quoi cela lui servirait.

Jusqu'à ce qu'il ait la bonne idée de combiner ses deux centres d'intérêt.

Le rap commençait à prendre trop de place dans ma vie en tant qu'auditeur. Je voulais matérialiser ça par quelque chose. Comme j'ai toujours aimé écrire, le plus simple était d'écrire sur le rap.

On faisait tous des choses quand on était gamins. J'écrivais des chansons ou des histoires de Dragon Ball. Je ne cherchais pas à savoir si ce temps était bien investi. De toute évidence, non.

Pourtant, me voici en train d'écrire.

Mehdi écrivait des histoires de Superman inspirées de Lois & Clark. Il écoutait du rap à longueur de journée. Ce temps était-il bien investi ? Aux entretiens d'entrée en école de commerce, on lui a fait comprendre que non.

Pourtant c'est lui qu'OKLM radio, tout juste lancée par Booba, est allée chercher pour créer et animer son émission quotidienne : La Sauce.

En moins de 3 ans, Mehdi est passé d'un CDI en audit à un statut de journaliste rap reconnu, auteur d'un livre, créateur et animateur de plusieurs émissions phares.

On peut tout rationaliser a posteriori, mais ça n'aide pas. On avance tous à l'aveugle. Il ne reste donc plus qu'à faire comme Mehdi : cultiver ses intérêts, trouver leur intersection et saisir l'opportunité quand elle se présente.

Et faire confiance au temps. Bonne écoute !